En tant qu’une chinoise, j’ai bien apprécié cet article, et ses points de vue. Je souhaiterais partager avec tout le monde ici :
L'élection du président Sarkozy met en lumière, en matière de politique étrangère, une récente séquence américaine, un rapprochement avec les Etats-Unis et l'Otan, et une autre séquence, actuelle, la relance de l'Union européenne, lors de la très proche présidence française, afin de mettre en oeuvre sa nouvelle organisation institutionnelle, ¬prévue en 2009. Les événements du Tibet, à la mi-mars, ainsi que le tremblement de terre en Chine, au mois de mai, reflètent son omniprésence dans toutes les questions internationales.
Parmi les quatre autres pays du Conseil de sécurité, la Chine est désormais un partenaire incontournable avec lequel et autour duquel un jeu de go mondial s'organise. Et la Chine en a fait, depuis des siècles, une base de sa pensée stratégique dans ses relations extérieures.
Ce premier semestre a souligné cette capacité chinoise d'utiliser tous les médias pour une communication politique externe et interne efficace par le biais de sa diplomatie, qui connaît les rouages linguistiques et relationnels dans les différents pays cibles. L'exemple français est si révélateur! Les ¬manifestations devant les centres Carrefour et le boycott touristique sont bien des réponses précises et très indirectes pour exprimer un désaccord clair.
La position française au sujet du Tibet et le passage de la flamme ont montré le point jusqu'où l'élasticité de la relation franco-chinoise pouvait se tendre. Au-delà, les conséquences politiques et commerciales ne sont plus à écarter. Les nombreuses visites de politiques français et la communication embarrassée étaient bien proportionnées aux risques encourus.
Les Chinois se demandent quels ont pu être les intérêts français. Alors que la Chine continue sa mondialisation, pourquoi la France n'en bénéficie-t-elle pas mieux? Elle ne profite pas vraiment, en termes économiques et commerciaux, de sa première reconnaissance politique, il y a plus de quarante ans. Elle n'a pourtant pas de contentieux stratégiques ¬majeurs avec la Chine, si ce n'est dans notre "pré carré africain", à la différence des Etats-Unis.
L'offre française existe bien, la demande chinoise est certaine aussi. Mais c'est ce qui y a entre les deux qui manque d'impulsion, de courage. Le dispositif d'influence et de promotion des projets France est insuffisant. Nos concurrents ont adopté une vision très offensive d'intelligence et d'influence à la lumière, d'ailleurs, de ce que fait la Chine.
La présidence française de l'Union européenne offre de nombreuses opportunités de rencontres entre les présidents français et chinois. Espérons que, pendant le G8 au Japon, à Hokkaido début juillet, ils créeront un climat porteur d'avenir. Souhaitons, de même, que le président Sarkozy ¬annonce sa venue à la cérémonie d'ouverture des JO à Pékin, début août.
Environ 90 autres dignitaires mondiaux sont prévus. Comment notre président ne pourrait-il pas y représenter à la fois la France et l'Union européenne? Sinon, l'élasticité diplomatique serait encore poussée vers une nouvelle limite. De relations privilégiées, nous sommes déjà passés à des relations normales. La France continuerait de perdre la Chine à un moment où celle-ci gagne le monde.
Deux autres événements sont prévus, le sommet Europe-Asie, Asem, fin ¬octobre, à Pékin, et le sommet UE-Chine, début décembre, à Lyon. Si le premier est considéré comme informel, le second soulignera l'ascendant de la France dans l'Europe face à la Chine.
La fin de l'année 2008 nous donnera une tendance des relations croisées pour les quatre prochaines années des quinquennats français et chinois, puisque les deux présidents y seront, au moins, tous les deux, jusqu'en 2012. Cette coïncidence temporelle leur est, a priori, favorable, comme de vouloir lancer leurs pays sur des trajectoires de réformes avec des équipes renouvelées de décideurs politiques.
Le succès que la France peut encore escompter ne s'obtiendra qu'en adoptant une posture diplomatique pragmatique, qu'en établissant des liens toujours plus personnels et réguliers avec les dirigeants du Parti. Mieux jouer au jeu de go et améliorer la fluidité diplomatique entre nos deux nations. La réponse au niveau de l'Europe aura, certes, un rôle moteur.
Il est temps qu'une séquence chinoise, sérieuse, avec une attention dédiée, s'ouvre à la hauteur de ses réalités. Aujourd'hui, l'image de la France est écornée. La communication politique chinoise a pris le pas sur la française. Bruno Bold, conseil en stratégie (Paris/Pékin).
Lisa
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